L’ « or gris » n’assurera pas l’avenir de nos régions.

Publié le mardi 5 juin 2007.

Article de Jean Ollivro, professeur de géographie à l’Université de Haute Bretagne, lundi 04 juin 2007

il faut cesser de faire passer la margarine bas de gamme pour un excellent beurre demi-sel


L’économie résidentielle a le vent en poupe.

L’idée prône une attractivité qui assurerait un développement économique durable et l’essor des emplois tertiaires. En somme, le dynamisme d’une économie locale « moderne » ne serait plus lié uniquement à sa capacité productive mais résulterait de son aptitude à importer des revenus, par exemple en attirant des personnes âgées qui, avec leurs retraites, assureraient des emplois de services pour les jeunes. On entend des collectivités adopter sans nuance cette thèse et orienter leur stratégie sur « la capture des revenus externes », par exemple en encourageant « l’accueil de nombreux retraités ».

L’apport de l’économie résidentielle est actuellement réel tant que les systèmes de redistribution fonctionnent. Toutefois, l’essor incessant de la dette française (1 200 milliards d’euros) et les déficits chroniques du régime des retraites et de la sécurité sociale laissent déjà planer quelques inquiétudes.

Surtout, le vieillissement de la population -dont bien peu de candidats nous ont parlé- est un défi majeur et essentiel puisque d’ici 35 ans en France, le nombre des plus de 60 ans va être multiplié par deux, 70 ans par trois et celui des 85 ans et plus par quatre !

Il est parfois urgent de descendre de son nuage. A moins de prodigieux gains de productivité, l’hypothèse d’une prospérité par le jeu de la simple redistribution des revenus ne tient pas.

Comme par le passé, une société qui ne produit pas de richesse n’a aucun avenir économique. Une société qui ne garde pas ses jeunes, et notamment ses jeunes diplômés, n’a tout simplement aucune chance de s’en sortir.

Diffusé essentiellement par la capitale, ce scénario provincial « résidentiel » créant des régions lénifiées plairait certes à quelques Parisiens en mal de villégiature.

Mais en Bretagne, ce ne sont pas les résidences secondaires excluant les jeunes ou la monoactivité tourististique (capable de tuer l’activité permanente, notamment sur les îles) qui vont asseoir le développement régional. Un exemple instructif concerne d’ailleurs précisément …

Paris, qui construit très peu de maisons de retraite, concentre de plus en plus les jeunes diplômés, l’économie, les richesses et transfère les compétences sans allouer les budgets (allocation pour l’Autonomie des personnes âgées transférée par la loi du 20 juillet 2001 aux départements).

De temps à autres, il faut cesser de faire passer la margarine bas de gamme pour un excellent beurre demi-sel.

Actuellement, certains choix politiques sont irresponsables quand ils favorisent le développement « touristique » et l’attractivité d’un pseudo « or gris » et laissent sans plus de réactions partir les jeunes, notamment les jeunes diplômés (la Bretagne perd par exemple 1 000 diplômés de 2e et 3e cycle par an).

Des projets catastrophiques de pôles touristiques émergent actuellement sur la Côte des abers (Finistère) en oubliant les activités productives qui sont capitales, essentielles, justement pour assurer le devenir des retraités et de nous-mêmes. Des impacts territoriaux et paysagers irréversibles voient des littoraux ou les îles accaparés par des résidences quand les jeunes ou les activités agricoles et maritimes en sont chassés.

A cet égard, le prix actuel du foncier omet le poids des activités présentes en amont ou en aval. Utile sur le temps court, le concept d’économie résidentielle est un leurre qui peut annoncer la mort durable de sociétés a priori balnéarisées, en réalité ruinées.

Il est au contraire temps, en Bretagne notamment, d’ouvrir les yeux sur l’importance cruciale des activités économiques pérennes et réellement créatrices de richesses, d’emplois induits, notamment l’agriculture et les activités industrielles ou culturelles. Ce sont ces dernières, initiées par les jeunes, qui créent de réels effets d’entraînement économique et permettront d’assurer l’avenir des anciens et le développement pérenne du pays.

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