Refuser la banalisation et l’urbanisation de nos paysages

Publié le vendredi 23 mars 2007.

L’urbanisation du littoral couplée à une spéculation immobilière sans frein entraîne des atteintes irréversibles au littoral. Face à la pression démographique, il faut conserver des villes à taille humaine et refuser la banalisation de nos paysages.

Plusieurs constats s’imposent :

Le littoral est agressé.

En dix ans, l’espace construit a progressé de 500%. La ville dévore la campagne. Chaque année, 5 000 nouveaux permis de construire échappent à la loi Littoral censée le protéger. La consommation des terres agricoles par l’urbanisation va conduire à une artificialisation irrémédiable des sols.

Le Morbihan regroupe 10% de l’ensemble des constructions de France : Il s’agit essentiellement de résidences secondaires. A Arzon, la densité de la population est de 3 500 habitants/km2 en été avec un taux de résidence secondaires de 83 %. C’est beaucoup trop ! Dans le pays de Vannes, 2 333 constructions individuelles neuves en 2005, l’arrière pays est désormais victime du même phénomène : plus de 100 maisons nouvelles par an à Muzillac/ Muzilheg, plus de 45 à Marzan !

Le prix de l’immobilier flambe : A Vannes/Gwened, le mètre carré se vend 58,6 euro (+ 20% en un an, seuls Sant Maloù/St Malo, Roazhon/Rennes, Naoned/Nantes sont au dessus, la moyenne est de 010% en Bretagne). Ainsi, toujours à Arzon, en 2003, le prix moyen d’un 2 pièces était de 45 000 euro, en 2007 il faut compter 90 000 euro.

Cette envolée des prix a un coût social. Exclus vers l’arrière pays, les moins riches habitent de plus en plus loin des villes et du littoral. Elle a aussi un coût environnemental. Pour déplacer ces nouveaux habitants, il faut plus de transports, qui conduisent à toujours plus de pollution, ( A Gwened/Vannes : 130 000 véhicules/jour). On consomme aussi plus d’énergie dans ces zones pavillonnaires. Et les sols sont définitivement imperméabilisés...

Notre identité est en danger

La pression démographique a pour effet, une destructuration générationnelle de la Bretagne : il y aura 150 000 habitants de plus dans le Mor Bihan en 2020. Et dans 25 ans, 100 000 hectares de terres auront été dévorés.

Pour éviter la destruction du maillage de villes moyennes et de nos villes-ports, qui constituent la trame essentiel du l’originalité bretonne, il faut conserver des villes à taille humaine (avec un maximum de 50 000 habitants). Souhaite-t-on que la côte bretonne devienne une seule ville en continu, comme en Angleterre où le Grand Londres touche aujourd’hui la mer ?

Les solutions passent par une stratégie régionale et l’action des élus locaux.

A la place du « millefeuille administratif français » qui empile les compétences en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisation, il faut un chef de file en matière foncière : le Conseil Régional.

Pour conserver un aménagement harmonieux de la Bretagne, seul le Conseil Régional pouura et saura défendre un habitat dispersé et non disséminé. Seule une logique de projet par pays ou communauté d’agglomération sera efficace. Avec quels moyens ?

- L’EPF (Etablissement Public foncier) régional, récemment mis en place, est la première pierre de la reconquête du territoire breton. Mais L’Etat traîne les pieds, ce qui est scandaleux face à l’urgence de l’enjeu ! L’ EPF doit permettre la constitution de réserves foncières au profit des communes, afin de réduire la spéculation foncière et l’urbanisation sauvage. Il peut favoriser la mixité sociale, maîtriser et avoir une réelle connaissance du foncier, reconvertir les friches industrielles et militaires, nombreuses en Bretagne.

- Le DPU (Droit de Préemption Urbain) permet la constitution d’un parc immobilier communal incessible qui proposera des locations à vie (bail emphytéotique) aux populations locales qui ne peuvent plus être propriétaires ou se loger sur les zones littorales (Presqu’île de Rhuys, Pénestin, Billiers, Baden, Larmor Baden, Arradon…)

- La taxation des résidences secondaires

- L’aménagement des droits de succession dans le cadre de la transmission familiale

- La mise en place d’une gestion intégrée des zones côtières, comme proposé par l’Union européenne.

Répondre à cet article

2 Messages de forum

  • j’ai lu récemment que le droit de préemption ,qu’autrefois les maires pouvaient appliquer dans le cadre des zones d’intervention foncière établies de plein droit dans le cadre des documents de planifications urbaines, avait disparu. Est ce réel, quel est aujourd’hui le pouvoir d’un maire en matière d’intervention foncière. Si ce droit ancien a disparu, sous quel gouvernement a été prise cette décision ?

    en tous ca bravo pour le site qui est très bien fait et très attractif F. Euzenat

    Répondre à ce message

    • Refuser la banalisation et l’urbanisation de nos paysages 19 avril 2007 14:06, par Jean-Jacques

      Bonjour,

      les maires sont compétents en matière d’urbanisme, mais il est vrai que les procédures d’urbanisme sont trop complexes. Le droit de préemption des communes n’a pas été supprimé, les communes peuvent préempter dans le cadre d’un projet prédéfini de zonage urbain, ou dans le cadre d’un programme local d’habitat (PLH) dont le rôle est d’ailleurs renforcé par la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. De multiples outils juridiques permettent dès à présent aux maires d’agir sur le foncier (procédures de lotissement, zones d’aménagement concertées (ZAC)...), seule manque aujourd’hui, la volonté politique d’assurer une gestion équilibrée de l’espace. L’établissement public foncier régional (si l’Etat le "concède" à la Bretagne !) devrait permettre de lutter efficacement contre la spéculation foncière qui exclut les Bretons de leur propre territoire...

      Merci de vos encouragements. JJP

      Répondre à ce message


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette