"Langues régionales" : sans moyens ni statut, les langues régionales sont menacées de mort !

Publié le mercredi 16 janvier 2008.

Les initiatives des députés Marc Le Fur (UMP) et Marylise Lebranchu (PS) pour réviser la constitution à l’occasion de la réunion du Parlement à Versailles méritent d’être saluées. Mais c’était sans compter sur l’omniprésence des jacobins et adversaires des langues régionales

La France n’a toujours pas ratifié la Charte européenne des langues régionales. Le Conseil constitutionnel a jugé que la rédaction actuelle de l’article 2 de la constitution française était incompatible avec cette ratification.

A nouveau, car ce n’est pas la première fois, le gouvernement fait obstacle à la reconnaissance juridique des langues régionales de France.

L’argument consistant à renvoyer le débat après les municipales ou au-delà est inacceptable, car l’urgence est là. Depuis des années on nous sert le même discours !

La langue bretonne et le gallo sont en danger, leur pratique sociale régresse par manque de reconnaissance dans la vie publique, le nombre de personnes parlant breton ou gallo ne cesse de diminuer et les 11 700 élèves scolarisés dans les différentes filières bilingues, qui représentent moins de 2 % des effectifs scolaires, sont largement insuffisants pour assurer son avenir.

Alors que de multiples enquêtes d’opinion ont montré que 90 % des Bretons sont attachés à leur identité et favorables à l’enseignement des langues régionales, la France, pays autoproclamé des droits de l’homme, refuse toujours de mettre les moyens nécessaires à la sauvegarde de notre diversité culturelle.

Pis encore, les structures de l’Etat multiplient les barrages, francs ou sournois, à l’usage des langues régionales.

Les refus d’ouverture de classes bilingues se multiplient, les émissions de radio et de télévision en breton ne cessent de diminuer. Alors que dans le même temps, les dirigeants politiques français font de grands et beaux discours sur l’importance de la diversité culturelle au Québec ou chez les Inuit… voire donnent des leçons à d’autres pays sur le droit à la différence et le respect des minorités.

Ce mélange de cynisme et de suffisance est indigne d’une démocratie qui entend promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité.

Comme en Catalogne où au pays de Galles la survie de notre diversité linguistique passe par la mise en œuvre d’un véritable plan de développement de l’enseignement et de promotion du bilinguisme dans la vie publique.

En Catalogne et au pays de Galles, la réussite d’un tel programme a été permise par l’obtention de compétences claires et de moyens au niveau de l’institution régionale.

Pour l’Union démocratique bretonne, il y a donc urgence à ce que la Région obtienne au titre du droit à l’expérimentation, droit inscrit dans la constitution française depuis 2003, les compétences en matière d’organisation de l’enseignement des langues régionales et de politique linguistique.

Pour l’UDB, une république décentralisée, fédérale ne sera pas moins républicaine, elle sera tout simplement plus démocratique.

La liberté de vivre sa culture est une valeur universelle, elle doit s’appliquer en Bretagne comme ailleurs.

Deux langues c’est mieux qu’une seule et c’est une facilité pour en apprendre d’autres. Etre bilingue est un atout et une richesse, la plupart des pays européens l’ont intégré non seulement sur le plan culturel mais aussi comme facteur de dynamisme social et économique. L’Etat français souffre visiblement d’aveuglement en la matière et n’a pas compris le sens de la devise de l’Union européenne : « L’unité dans la diversité ».

2008 a été déclarée « année de la diversité linguistique en Europe ». La présidence slovène de l’Union européenne a décidé de placer sa présidence semestrielle sous le signe du plurilinguisme. Oui vraiment, il est temps que la France se mette enfin à l’heure européenne.

Mona Bras

porte parole de l’Union démocratique bretonne.

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